Plus belle la ferme ! ÉPISODE 1 : La réflexion

Derrière la réalisation d’un projet de méthanisation agricole, il y a une belle ambition et une opportunité économique pour l’exploitation, mais aussi des obstacles importants et des délais longs. Biogaz a souhaité donner la parole à un exploitant porteur de projet pour montrer que passer du rêve à la réalisation n’est pas un chemin dégagé, mais nécessite une volonté de fer.

Agriculteurs à Bricqueville-sur-Mer, près de Granville, dans la Manche, Pierre et Corinne Guérin élèvent 400 taurillons et gèrent 180 hectares de SAU (surface agricole utile), dont 80 sont consacrés aux cultures de vente (blé et orge) et une centaine au maïs pour nourrir les taurillons. Comme pour beaucoup d’exploitations aujourd’hui dans ce secteur de l’élevage, la concurrence, notamment italienne, mais aussi turque, qui pousse les prix à la baisse grève la rentabilité. Et la politique agricole de l’UE né défend plus l’agriculture française face à une concurrence déloyale de produits importés qui né sont pas soumis aux mêmes normes sanitaires ou environnementales.

Quel avenir pour une exploitation agricole ?

Alors, Pierre s’interroge sur la pérennité de son exploitation : les prix sont trop bas en agriculture. À quelques années d’une retraite « pitoyable, à 750 €/mois avec tout le travail que l’on a fait », il s’agit aussi de s’assurer un complément de revenus, d’autant que son fils souhaite poursuivre le métier. Et justement, celui-ci est motivé de son côté pour réaliser une unité de méthanisation. Il y a quatre ans, Pierre Guérin a progressivement introduit l’agrobiologie dans son exploitation en se tournant vers l’agriculture de conservation des sols et les TCS (techniques culturales simplifiées) et il obtient aujourd’hui, après deux ou trois années délicates, de bons résultats. Il a renoncé aux labours, et a mis en place des cultures intermédiaires. Outré la reconstitution d’une vie biologique intense dans les sols, ces intercultures génèrent un surcroît de production végétale. Or cette production peut être orientée vers des cultures méthanogènes, sorgho et tournesol par exemple. De plus, les taurillons produisent 3 500 tonnes d’effluents. Eurêka ! Le gisement pour la méthanisation est tout trouvé. D’autant que le digestat est connu pour être plus riche en azote minéral facilement assimilable et donc enrichira encore plus les terres, avec un épandage adéquat. Les TCS avaient déjà réduit le poste (coûteux) des intrants. La méthanisation va permettre une économie agricole circulaire encore plus performante. Double bonus : « En plus d’un digestat riche, la méthanisation va nous permettre de “cuire” les mauvaises graines. »

« On y va ! », la décision est prise. Mais par où commencer ? Tout au début de la réflexion, Pierre s’était dit qu’il pourrait être intéressant d’augmenter la quantité du gisement avec les boues des stations d’épuration des communes voisines. « Nous avons pensé projet de territoire. » Mais de réunion en réunion, avec un élu, puis avec un autre, avec un service déchets, puis avec un service assainissement, de discours en papiers, près de 24 mois s’écoulent avant qu’il né s’aperçoive que la motivation (des élus) n’est pas au rendez-vous…

À suivre : dans les prochains numéros de votre magazine Biogaz vous découvrirez pourquoi Pierre et Corinne Guérin n’ont pas pu associer leur projet au territoire, à quels obstacles administratifs ils ont dû faire face, quelles techniques seront retenues et pour quels usages, mais aussi quels financements et quelles aides ils ont obtenus, avant la mise en place de l’unité et son exploitation. Retrouvez prochainement l’épisode 2 : Territoire et obstacles administratifs.

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