Méthanisation et PPE : la filière sous pression

La révolution énergétique aura-t-elle lieu dans la transition ou dans la douleur ? Gouverner, c’est prévoir ! Or les ambitions affichées en baisse du projet de PPE concernant le biogaz suscitent des interrogations. Va-t-on passer à côté de la révolution énergétique de la méthanisation ?

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) reflète la vision à long terme de notre gouvernement sur un sujet majeur, en pleine révolution : l’énergie, l’un des piliers économiques d’un pays. La révolution des énergies renouvelables est bien en marche : autonomie énergétique, décarbonation, production locale. Parmi les ENR, la méthanisation offre un panel d’externalités positives : emploi et activité sur le territoire, gestion des déchets, réduction des gaz à effet de serre, pérennisation d’une agriculture durable. Si le Ministère de la Transition écologique et solidaire affiche sa volonté de développer la filière, les arbitrages du gouvernement ne semblent pas prendre la mesure de l’enjeu. En effet, la PPE revoit ses ambitions à la baisse au lieu de saisir une occasion unique de transition énergétique et d’économie circulaire.
 
Plan Marshall ou plan comptable ?
Pourquoi la PPE envisage-t-elle la méthanisation comme un coût, alors que les dernières études montrent que le retour sur investissement dans le déploiement de ce procédé est rapide ? Cette production d’énergie renouvelable engendre une création d’activité sur les territoires, pour de nombreuses entreprises françaises, accompagnée d’une création d’emplois pour la phase de construction des unités, mais aussi à long terme pour le pilotage et la maintenance.
 
Mais le développement de la méthanisation va au-delà. Le modèle allemand a misé sur les cultures énergétiques, mobilisant des centaines de milliers d’hectares de monoculture de maïs destiné à la méthanisation, entraînant une inflation du prix des terres et une désorganisation de la filière de production alimentaire si problématique que le gouvernement a fait récemment marche arrière. Au contraire, la filière française a fait le choix d’utiliser des matières
organiques qui étaient jusqu’alors considérées comme des déchets : déjections animales et cultures intermédiaires, sans oublier boues de stations d’épuration, déchets de l’agroalimentaire et des particuliers. Cette économie du recyclage permet donc le développement d’une activité circulaire sur les territoires avec une meilleure gestion des déchets organiques.
 
Révolution agricole
 
Mais elle offre aussi à l’agriculture une chance extraordinaire, avec un complément de revenu vital pour la pérennisation économique des exploitations. D’autre part, le digestat en sortie constitue un fertilisant de meilleure qualité, un azote minéralisé qui permet de réduire les importations d’engrais azotés. De ce fait, cela permet de se tourner vraiment vers une agriculture durable et de conservation des sols, grâce à la mise en valeur des intercultures, dont une partie sera utilisée pour la méthanisation sans diminuer les cultures alimentaires. Cette agriculture d’avenir favorise les techniques culturales simplifiées : semis sur culture, absence de labour, couverture végétale permanente qui permet d’atteindre une productivité équivalente à l’agriculture chimique intensive, avec une production accrue de végétaux et… la restauration d’un sol vivant !
 
La méthanisation, c’est aussi, bien sûr, une énergie renouvelable de haute qualité dont la production peut être répartie sur le territoire. Outre une réduction de notre déficit commercial et une plus grande autonomie énergétique, c’est aussi une chance de développer la mobilité durable et de réduire les émissions de CO2 par rapport aux énergies fossiles.
 
Une filière en danger ?
 
Dès la publication du projet de PPE, la filière biométhane s’est inquiétée, car les ambitions revues à la baisse mettent en cause sa survie, alors qu’elle est en pleine phase de développement. Ainsi, les objectifs de production de 6 TWh pour 2023 sont inférieurs aux seuls projets déjà en file d’attente, qui représentent 14 TWh selon les professionnels. Un chiffre modéré par l’ADEME qui indique que beaucoup de ces projets n’en sont qu’au stade des idées.
 
Quant aux ambitions de production à plus long terme, ils n’atteignent pas l’objectif de 10 % de biogaz en 2028 prévu par la loi de transition énergétique pour la croissance verte, loin aussi derrière les prévisions de l’ADEME.
 
La PPE conditionne de surcroît cette trajectoire peu ambitieuse à une réduction des coûts de production, de 95 €/MWh actuellement à 67 €/MWh en 2023, puis 60 €/MWh en 2028, soit une baisse d’un tiers en… quatre ans ! L’objectif du ministère est de rester à budget constant. Pour rappel, la loi de finances pour 2019, dans son volet « Transition énergétique », prévoit 5,2 milliards d’euros en faveur de la production d’électricité renouvelable contre… 132 millions d’euros pour l’injection de biométhane.
 
Les multiples intérêts du développement de cette production d’énergie renouvelable sont une évidence pour les acteurs que nous avons interrogés. Qu’ils viennent de la filière industrielle, des réseaux de distribution ou de transport de gaz, de l’agriculture ou des collectivités, tous sont motivés pour montrer tous les apports de la biométhanisation. Ils se sont réunis pour faire, en réponse aux points controversés de la PPE, des propositions (voir encadré) qui permettraient le décollage d’une filière biométhane compétitive.
 
Les propositions de la filière
Devant les inquiétudes de la filière, le ministère de la Transition écologique et solidaire a demandé à celle-ci de hiérarchiser 7 à 10 leviers pour agir.
– Le premier serait de fixer une nouvelle trajectoire de tarifs, de volumes et de montants prévisionnels avec, pour ce qui est des volumes, 8 TWh en 2023 puis 30 TWh en 2030. La filière propose également une baisse des coûts (et dès lors des tarifs de rachat) de 2 % par an entre aujourd’hui (95 €/MWh) et 2028 (74 €/MWh). Cela représenterait un coût de 1,1 milliard d’euros, soit un surcoût de 200 millions par rapport au projet actuel.
– Le deuxième levier consiste à quantifier les externalités positives. Une approche économique est déjà à l’étude et les résultats sont attendus avant la fin de l’année (voir aussi pages suivantes).
– Troisième levier, l’allongement de la durée d’achat du biométhane de 15 à 20 ans serait cohérent avec la durée de vie des installations, et rassurerait les partenaires financiers en diminuant le coût annuel moyen.
– La filière souhaite également que le seuil fixé pour les appels d’offres soit relevé à 40 GWh, car le seuil prévu de 15 GWh met en danger les petits projets, notamment ceux issus du monde agricole, du fait de l’insécurité des tarifs qui freine les porteurs et les investisseurs.
– Cinquième levier : conforter le système français des garanties d’origine.
– Sixième levier, la mise en place d’un pilotage pour l’industrialisation et la baisse des coûts du biométhane. Cette initiative est déjà en cours d’étude dans la filière.
– Autre proposition, finaliser le dispositif de droit à l’injection en permettant aux collectivités et syndicats de l’énergie d’y contribuer, avec pour objectif de développer le potentiel de raccordement.
– Enfin, la filière propose d’intégrer une partie des coûts d’adaptation des réseaux nécessaires au développement de la filière dans les tarifs du gaz.
En complément de ces leviers, plusieurs pistes complémentaires ont été identifiées : annualiser le calcul du dépassement de la quantité maximale autorisée, bonifier les tarifs en cas de financement participatif, simplifier la mise en place et la gestion des projets, assurer une formation spécifique, clarifier les offres « gaz vert » (garantie d’origine) pour les ouvrir au grand public ou encore permettre une valorisation locale pour des sites de production trop éloignés du réseau.

Biogaz Magazine

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Par la rédaction de Biogaz Magazine.
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