CIRRUS COMPRESSEURS

Après la filiale Chaumeca, le groupe Airflux vient tout récemment d’acquérir une nouvelle entité : Cirrus Compresseurs. Dans cet entretien avec Rémy Rochard, nous allons aborder le déroulement de cette acquisition et présenter le positionnement du groupe notamment vis-à-vis du GNV, mais également aborder des sujets d’ordre conjoncturel ou légal.

Green Innovation. Pourriez-vous résumer votre parcours avant de préciser le cadre de l’acquisition de Cirrus Compresseurs et ce qui l’a motivée ?

Rémy Rochard. J’ai 59 ans et une double formation en école d’ingénieur et de commerce. Ma carrière peut se résumer en trois mots : industrie, technologie et international. Au cours de cette expérience de déjà 36 ans, j’ai beaucoup travaillé à l’export et c’est fin 2009 que j’ai fait le bilan entre ce que la PME m’a apporté et l’univers des grands groupes. J’ai travaillé dans l’export et c’est début janvier 2011 que j’ai décidé de revenir dans l’environnement en intégrant Chaumeca.

Cette acquisition s’explique par plusieurs facteurs. Depuis plusieurs années, le groupe s’oriente vers l’optimisation énergétique et vers les énergies « nouvelles » et renouvelables. Cela fait plus de 30 ans qu’Airflux est actif et se positionne en tant qu’expert sur la basse ainsi que la moyenne pression. Cirrus apporte donc un complément de compétences en haute pression. Bien entendu, le marché du GNV sur lequel Cirrus est positionné depuis 1998 nous intéresse énormément dans nos perspectives de développement, d’autant plus qu’Airflux, par le biais de sa filiale Chaumeca, se positionne depuis plusieurs années sur le secteur GNV/bioGNV, par l’activité liée au biométhane injecté. Au-delà de ces facteurs, Cirrus amène nombre d’applications industrielles, de belles signatures et d’importants partenaires qui s’avèrent complémentaires de ceux du groupe Airflux.

De quelle manière l’acquisition de Cirrus Compresseurs s’est-elle déroulée ? Depuis, son organisation a-t-elle changé ?

L’acquisition s’est faite assez naturellement. Nous avons effectué une étude du marché haute pression et GNV afin d’identifier et de sélectionner trois sociétés avec lesquelles nous avions des accointances. C’est dans ce cadre que nous avons ciblé Cirrus qui avait besoin de rebondir. Très vite, le PDG a répondu positivement à cette volonté de rapprochement, jusqu’à envisager une cession. Nous avons donc acquis 100 % des titres de la société Cirrus le 29 juin dernier. Le processus aura duré une dizaine de mois compte tenu du nombre de sujets à traiter, sur les plans industriel, financier et juridique… Rome ne s’est pas faite en un jour !

Pour ce qui est des effectifs, rien n’a changé. Nous les conservons et nous comptons développer Cirrus en tant que tel ! Il s’agit de conforter l’entreprise en tant que filiale du groupe, avec sa propre direction, son propre comité de direction ! Elle conserve donc ses acquis, tout en s’appuyant sur l’ensemble du réseau du groupe Airflux : prise en charge des chantiers, vaste implantation du groupe (35 entités sur le territoire), conservation des clients, etc. Les deux mots-clés qui justifient cette acquisition sont expertise, apportée par Cirrus, et service à l’appui du réseau d’Airflux. L’entreprise doit nous apporter le savoir-faire nécessaire afin d’ouvrir de nouvelles portes dans des domaines industriels et dans celui du GNV.

Ce rachat intervient alors même que la filière GNV est en plein boom : âpre volonté politique à favoriser son développement par une fiscalité avantageuse, annonces en tous genres, développement du réseau d’avitaillement, etc. La PPE devant être révisée d’ici à la fin de l’année, cette acquisition s’avère-t-elle une opportunité réelle et comment percevez-vous l’avenir ?

C’est très clair, nous n’aurions pas fait cette acquisition si nous ne croyions pas en l’avenir du gaz naturel pour véhicule. À nos yeux, il est évident que le GNV aura une grande place dans le mix énergétique et dans le cadre de la mobilité décarbonée. Il y aura complémentarité entre l’électrique et d’autres solutions, il faut donc nous engouffrer dans la brèche.

Nous pouvons d’ores et déjà, en observant nos voisins, constater les fortes tendances d’aujourd’hui, qui vont s’accélérer à n’en pas douter. Par exemple, en analysant le marché italien et son réseau d’avitaillement en GNV, nous pouvons avoir une idée du futur et effectuer une projection qui en l’état est plutôt encourageante !

Nous pouvons effectivement dire que cette acquisition est un acte de foi, un geste fort, et que nous croyons à l’essor du GNV. De plus, ce rachat reste encré dans notre ADN, puisque notre terrain de prédilection reste celui de l’air comprimé et du gaz.

Conjoncturellement, le marché, et en particulier celui des poids lourds, est pour l’instant favorable au GNV ; mais il s’avère hétérogène puisqu’il y a des segmentations d’usages et de clientèles. Nous n’avons donc pas l’intention de nous positionner en confrontation directe avec les groupes pétroliers qui vont investir de manière massive dans le GNV, sachant que certains l’ont déjà fait.

Il est à noter que bien du chemin reste à parcourir et que si nous avons racheté Cirrus par conviction, la filière GNV/bioGNV est en plein essor… En effet, il existe encore une problématique d’offre de véhicules, le réseau d’avitaillement en GNV n’est pas encore assez développé et certains choix des législateurs me laissent dubitatif, comme en atteste le groupe parlementaire réuni en vue d’interdire le moteur thermique d’ici à 2040… Si je pense qu’il s’agit là d’une erreur lexicale, bien des raccourcis sont effectués et mettent le moteur thermique sur le banc des accusés, quel que soit le carburant avec lequel il fonctionne. Pour rappel, le moteur GNV est un moteur thermique et à zéro émission et le bioGNV permet de générer un gaz 100 % naturel à partir de biodéchets.

Cependant, nous restons positifs et nous sentons que les lignes bougent… en attestent certains donneurs d’ordres qui imposent dans leurs accords-cadres d’apporter la preuve que les transporteurs auxquels ils font appel ont converti une partie de leur flotte au GNV ou encore les efforts réalisés sur leurs flottes par de grands groupes comme Carrefour ou La Poste.

Rien n’est encore fait, tout reste à faire, mais nous tendons vers un mix énergétique et nous parions sur la complémentarité des solutions.

Les prévisions de la filière bioGNV semblent excellentes tout comme celles du GNV. Quel regard portez-vous sur cette manière de générer un gaz 100 % vert ?

Nul besoin de s’étendre sur le sujet, il suffit de constater les chiffres enthousiasmants : 400 capacités d’injection sont réservées en France, dont plus d’une centaine rien que pour les Hauts-de-France. Pour nous, il est évident que le bioGNV est indispensable à l’essor du biométhane et plus globalement de la filière : vertueux, produit sur le territoire, il permet une indépendance énergétique certaine et évite de faire appel à des prestataires étrangers comme d’autres secteurs.

Pourriez-vous nous présenter l’activité de Cirrus Compresseurs et la société elle-même plus en détail ?

L’entreprise est précurseur puisqu’elle conçoit et réalise des compresseurs GNV, voire des stations GNV depuis 1998. Cirrus détient toute une offre de compresseurs haute pression (de petits à gros débits) et peut intervenir en tant qu’intégrateur, cotraitant ou équipementier selon les cas. Elle fait donc preuve d’une grande polyvalence.

Si vous deviez faire passer un message à nos lecteurs ?

Dans notre paysage industriel, les grands groupes ont plus de facilité pour innover. Bien des PME ou des ETI prennent des risques pour mettre au point une nouvelle technologie ou pour adapter une technologie existante à une application nouvelle. Pour ce faire, nous avons besoin d’être accompagnés par les financeurs et les législateurs et notre renouveau sociétal en dépend…

Entretien réalisé par Samy Ellaouzi

Rémy Rochard

Rémy Rochard

Vice-président du groupe Airflux.