Quel avenir pour l’autoconsommation photovoltaïque ?

Il s’agissait encore il y a quelques années d’un effet de mode, d’une forme de consommation isolée réservée aux écologistes et aux zones rurales privées du réseau électrique. Aujourd’hui, l’autoconsommation photovoltaïque dépasse le cadre de l’utopie.

L’autoconsommation photovoltaïque est aujourd’hui encouragée par différents acteurs, à commencer par le gouvernement qui a récemment adopté des lois pour favoriser sa démocratisation. Bien que seuls 5 000 particuliers aient jusqu’à présent opté pour une installation en autoconsommation, ce nombre devrait considérablement augmenter dans les années à venir.

L’autoconsommation photovoltaïque, un virage impossible sans volonté politique

Lutte contre le changement climatique, meilleure intégration à l’environnement, recyclage des composants, économies d’énergie… : les avantages des énergies renouvelables, en particulier ceux des panneaux solaires, sont nombreux. Pour inciter les particuliers à aborder le virage de la transition énergétique, le gouvernement a pris les choses en main. En février 2017, le Sénat allait dans le même sens que l’Assemblée nationale en approuvant le texte d’un projet de loi visant à encourager les particuliers et les entreprises à miser sur le photovoltaïque. Un projet ambitieux, lancé sous l’impulsion de l’ancienne ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, Ségolène Royal, dont le relais devra être assuré par Nicolas Hulot, nommé récemment ministre de la Transition écologique et solidaire. Ce projet de loi établit des règles plus claires concernant l’autoconsommation d’électricité. Il oblige notamment les fournisseurs à faciliter la transition énergétique, définit plus clairement le concept d’autoconsommation collective et fixe un prix d’utilisation des réseaux publics.

En mai dernier, un nouveau pas en avant décisif a été réalisé par le gouvernement afin de booster l’autoconsommation d’énergie solaire. L’arrêté publié le 10 mai 2017 lève d’anciennes barrières et ouvre véritablement la voie de l’autoconsommation. Ce changement de modèle peut se résumer en un mot : décentralisation.

La décentralisation, pilier de la transition énergétique

Grâce au nouvel arrêté de mai 2017, à la loi du 26 février 2017 et au décret 2017-676 du 28 avril de la même année, place au fonctionnement collaboratif en réseau. La vente intégrale de l’énergie produite, qui a permis au secteur de prendre racine, est désormais obsolète. L’autoconsommation collective constitue aujourd’hui une solution d’avenir prometteuse, une petite révolution dans la filière énergétique censée faire de la centralisation une réalité. Concrètement, il s’agit d’abandonner la production d’énergie pour satisfaire ses propres besoins au profit du partage de l’énergie produite entre différents utilisateurs, par exemple entre les commerces d’un même quartier ou des propriétaires vivant dans un même immeuble.

Un tel changement de modèle impose une gestion différente. Et de ce point de vue, une des clés s’appelle Linky. Ce compteur communiquant est un boîtier intelligent qui envoie et reçoit des données sans l’intervention d’un technicien. On en dénombre déjà plus de deux millions en France. Théoriquement, Enedis, filiale d’EDF, devrait remplacer d’ici à 2021 90 % des compteurs existants par ces boîtiers intelligents. La France pourrait ainsi atteindre l’objectif d’une directive européenne datant de 2009 qui prévoit l’installation de compteurs communicants dans huit foyers européens sur dix. Linky permet la relève automatique de la consommation et une meilleure maîtrise de sa consommation d’énergie grâce à une puissance adaptée aux besoins de chacun. Par ailleurs, Linky facilite les changements de domicile. Lorsqu’un nouveau locataire emménage, il ne doit pas attendre l’arrivée du technicien pour avoir de l’électricité. La gestion à distance est rapide et automatique, et généralement effectuée en moins de 24 heures.

Que disent les fournisseurs d’énergie ?

Les fournisseurs d’énergie, avec EDF comme chef de file, se voient donc contraints de prendre le train du renouvelable. Un train dans lequel ils n’avaient jusqu’à présent mis qu’un pied. EDF avait, au début des années 2000, une belle occasion à saisir, celle de devenir le pionnier en démantèlement nucléaire. Mais le premier producteur d’électricité au monde a préféré laisser filer le train pour des raisons stratégiques, refusant d’abandonner un modèle bien ancré et très rentable, et s’accrochant à l’idée que le nucléaire était synonyme d’indépendance énergétique. EDF essaie maintenant de refaire son retard. En juin 2016, l’électricien a lancé une offre photovoltaïque baptisée « Mon soleil & moi ». Au même moment, Engie proposait un service similaire, « My Power ». Les fournisseurs d’énergie semblent enfin avoir compris qu’il était dans leur intérêt d’accompagner la transition énergétique puisqu’il s’agit d’un phénomène inéluctable qui se réalisera avec ou sans eux. Ce sera avec, quoiqu’il arrive, étant donné que le gouvernement les oblige à être de la partie. Cela dit, le chemin est encore long et de nombreux obstacles devront être surmontés pour mener à bien la transition énergétique. Pour Enedis, une des plus grandes préoccupations s’appelle le TURPE (Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité). Le prix d’acheminement de l’électricité, payé par les consommateurs, doit être revu à la hausse au plus vite, car il ne reflète plus la réalité. Malgré une revalorisation récente, le TURPE reste trop peu élevé aux yeux des dirigeants d’Enedis pour amortir les coûts engendrés par la transition énergétique tels que le stockage, l’intégration au réseau et l’autoconsommation. Comme nous pouvions nous y attendre, la transition énergétique et l’autoconsommation photovoltaïque ne font que commencer…

Anne Lecointré

Anne Lecointré

Journaliste spécialisée