Grégory GIAVARINA : L’économie circulaire en quelques questions

Green Innovation
Par Green Innovation mai 10, 2014 11:26

Grégory GIAVARINA : L’économie circulaire en quelques questions

En bref...

  • Grégory GIAVARINA est délégué général de l’Institut de l’Économie Circulaire

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GREEN INNOVATION : Par qui et quand a été créé l’Institut de l’Économie Circulaire ?

Grégory GIAVARINA : L’Institut est né du constat qu’il n’existait pas en France de structure nationale multi acteurs qui « porte haut et fort » l’économie circulaire dans son approche la plus globale et dans un objectif d’intérêt général. Ce projet initié par le Président de l’Institut, François-Michel Lambert, député EELV des Bouches-du-Rhône et moi-même a rapidement intéressé de nombreux acteurs : entreprises, politiques, ONG, éco-organismes, collectivités, fédérations professionnelles, écoles d’enseignement supérieur… Au-delà des personnalités qualifiées, cinq organismes ont rejoint l’Institut comme membres fondateurs. Il s’agit d’Écolfolio, de la Fondation Nicolas Hulot pour l’Homme et la Nature, du Groupe La Poste, de FEDEREC, de Kedge Business School, de GRDF et du Syndicat des Cimentiers de France.

L’Institut soufflera sa première bougie d’anniversaire le 10 février 2014 lors de notre assemblée générale annuelle. Plus de 150 membres, organismes et personnalités nous ont déjà rejoints. Que de chemin déjà accompli en un an ! 2013 fut l’année de la mise en lumière de l’économie circulaire. 2014 sera l’année de l’accélération de la transition vers une économie circulaire.

GREEN INNOVATION : Comment fonctionne l’institut ?

Grégory GIAVARINA : Les actions de l’Institut peuvent se résumer en trois axes : 

• les travaux de réflexion à travers notamment nos ateliers de travail (identification des freins et leviers, mise en avant des bonnes pratiques, innovations, étude prospectives et stratégiques…) ;

• la mise en réseau afin de faire émerger des projets concrets en réunissant les acteurs de la chaîne de valeur ;

• la communication, la sensibilisation et l’influence.

GREEN INNOVATION : Quels sont vos financements et vos partenariats ? 

Grégory GIAVARINA : En 2013, le fonctionnement de l’Institut a été intégralement financé par les cotisations des membres actifs et le soutien des membres fondateurs. Pour 2014, nous démarrons plusieurs missions qui seront financées partiellement par des institutions et services ministériels.

GREEN INNOVATION : Qu’entend-on par « économie circulaire » ?

Grégory GIAVARINA : L’économie circulaire est un modèle économique, social et environnemental dont l’objectif est de parvenir à découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles par la création de produits, services, modèles d’affaires et politiques publiques innovants.

Il s’agit par exemple de rallonger les flux de matière (réemploi, recyclage) et de produits (écoconception sans toxique ni obsolescence programmée, réparation, réutilisation puis recyclage) tout au long de la vie du produit ou service.

Ce modèle repose sur la création de boucles de valeur positives à chaque utilisation ou réutilisation de la matière ou du produit avant sa destruction finale. Il met notamment l’accent sur de nouveaux modes de conception, de production et de consommation, le prolongement de la durée d’usage des produits, l’usage plus que la possession de biens, la réutilisation et le recyclage des composants.

La gestion des déchets ne peut plus aujourd’hui se réduire à une conséquence du modèle de production actuel. L’optimisation de l’utilisation des ressources par une écoconception pensée en amont transforme la gestion des déchets en une simple étape de la boucle matière.

L’économie circulaire concrétise ainsi l’objectif de passer d’un modèle de réduction d’impact à un modèle de création de valeur, positive sur un plan social, économique et environnemental.

GREEN INNOVATION : Pourquoi vouloir changer de modèle économique ?

Grégory GIAVARINA : Le modèle de production et de consommation qui prévaut depuis la révolution industrielle reposait sur des ressources naturelles abondantes et un schéma linéaire : matières premières extraites > production > consommation > déchets.

Ce modèle de développement a permis d’accélérer le « progrès » et à des milliards d’individus d’accéder à une certaine prospérité matérielle. Mais le fondement de la société de consommation trouve à présent ses limites face aux défis environnementaux, d’emploi et de l’augmentation de la population mondiale qui devrait progresser de 43 % entre 2012 et 2100. 

Nos prélèvements sur les ressources naturelles dépassent déjà largement la biocapacité de la terre, c’est-à-dire sa capacité à régénérer les ressources renouvelables, à fournir des ressources non renouvelables et à absorber les déchets.

La prise de conscience collective a permis d’engager des démarches de réduction des impacts environnementaux qui sont une première étape indispensable. Réduire cependant l’impact du modèle de développement actuel ne fait que reculer l’échéance. Une démarche plus ambitieuse s’impose donc avec l’accélération de la transition vers l’économie circulaire. 

GREEN INNOVATION : Quels sont les acteurs de l’économie circulaire ?

Grégory GIAVARINA : Tous les domaines, tous les secteurs d’activité sont concernés. Il n’y a donc pas d’acteurs spécifiques. On peut néanmoins souligner que les entreprises et organismes travaillant sur les déchets sont particulièrement impliqués. 

GREEN INNOVATION : Dans quelle mesure le modèle de l’économie circulaire favorise-t-il la croissance économique ?

Grégory GIAVARINA : Plusieurs études ont été menées en Europe et dans des pays comme les Pays-Bas. Selon le cabinet McKinsey, auteur de deux études pour la Fondation Ellen Mac Arthur, l’économie circulaire permettrait de réaliser une économie nette minimale de 380 milliards de dollars par an de matières premières en Europe. A cette exploitation des ressources évitée s’ajoute la création de « valeur positive », fondée sur la consommation relocalisée, le soutien à une activité industrielle et agricole sur les territoires et le développement de nouvelles filières dédiées à la réparation, au réemploi et au recyclage. François-Michel Lambert a d’ailleurs proposé et fait voter dans le cadre de la Loi Consommation récemment adoptée un amendement qui permettra de réaliser une telle étude en France d’ici janvier 2015. 

GREEN INNOVATION : Comment les entreprises intègrent-elles l’économie circulaire dans leur stratégie de développement ?

Grégory GIAVARINA : Le passage du modèle linéaire au circulaire se fait généralement de façon progressive en démarrant souvent par une approche « économie de substitution » qui permet de remplacer les matériaux issus des ressources naturelles par des matériaux recyclés. Ou bien encore dans une démarche de synergie industrielle dans le cadre d’un contrat gagnant-gagnant entre plusieurs acteurs où les matières secondaires des uns servent de ressources aux autres.

Mais de plus en plus d’entreprises vont aujourd’hui plus loin avec des stratégies ambitieuses reposant sur l’éco-conception, la réparabilité, la durée d’usage, ou encore l’économie de fonctionnalité.

GREEN INNOVATION : Comment envisagez-vous la transition vers une économie circulaire ?

Grégory GIAVARINA : La transition vers une économie circulaire est inéluctable. La question est de savoir si nous voulons la subir ou bien anticiper les enjeux et porter les solutions appropriées.

Cette transition doit nécessairement passer par une stratégie nationale ambitieuse et la mise en place d’un programme pluriannuel d’objectifs et d’engagement de l’ensemble des parties prenantes à l’instar de ce qui se fait déjà par exemple au Japon.

Les régions ont également un rôle majeur à jouer dans la création et l’animation d’une dynamique territoriale avec l’ensemble des acteurs, entreprises, collectivités et autres. Une gouvernance partagée sera l’une des clés du succès de l’économie circulaire.

GREEN INNOVATION : Quelle est la place de l’économie circulaire au sein de l’Union européenne ?

Grégory GIAVARINA : La Commission européenne est d’ores et déjà très engagée. L’Europe milite activement pour une économie circulaire qui sera demain la clé du maintien de sa compétitivité. Bruxelles veut donc accélérer le mouvement vers une utilisation plus efficace des ressources en Europe. La feuille de route de l’Union européenne pour une utilisation efficace des ressources devrait aboutir à l’adoption d’une stratégie précise dès le premier semestre 2014.

Cette nouvelle stratégie énoncera des objectifs précis, applicables non seulement aux Etats membres et à la Commission mais aussi aux régions, au secteur privé, aux organismes financiers et aux citoyens.

GREEN INNOVATION : Existe-t-il des structures équivalentes à votre institut dans les autres pays membres de l’Union européenne ?

Grégory GIAVARINA : Il existe des structures équivalentes mais avec des formats sensiblement différents. Pour le moment, seule la France, à travers la création d’un Institut de l’Economie Circulaire, a réussi à fédérer l’ensemble des acteurs, politiques compris, au-delà des clivages classiques droite-gauche. Les Belges et les Canadiens se montrent d’ailleurs très intéressés par notre modèle et envisagent de créer des instituts de même nature.

Illustration : © Shutterstock

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