Thierry BOGATY : Amundi, un acteur majeur de la finance durable

Green Innovation
Par Green Innovation avril 28, 2014 22:36

Thierry BOGATY : Amundi, un acteur majeur de la finance durable

En bref...

  • Thierry BOGATY est directeur d’Amundi Expertise ISR.

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GREEN INNOVATION : Amundi est née le 31 décembre 2009 du rapprochement de deux grands groupes bancaires français : Crédit agricole et Société générale. Trois ans et demi plus tard, comment se situe Amundi dans le marché français, européen et mondial de la gestion d’actifs ?

Thierry BOGATY : Amundi se classe premier acteur européenet neuvièmemondial (1) de l’industrie de l’asset management avec près de 750 milliards d’euros d’actifs sous gestion (2). Implantée au cœur des principaux bassins d’investissement dans près de 30 pays, Amundi offre une gamme complète de produits, couvrant toutes les classes d’actifs et les principales devises. Amundi développe ainsi des solutions d’épargne adaptées aux besoins de plus de 100 millions de clients particuliers à travers le monde et construit pour les clients institutionnels des produits sur mesure, performants et innovants, conformes à leur activité et leur profil de risque. Elle contribue au financement de l’économie en orientant l’épargne au service du développement des entreprises.

Amundi est devenue l’asset manager européen de référence, reconnu pour la performance de ses produits et leur transparence ; la qualité de la relation avec ses clients fondée sur une approche de conseil dans une vision long terme ; l’efficacité de son organisation et l’engagement de ses équipes au service des clients ; l’engagement à prendre en compte les critères de développement durable et d’utilité sociale dans ses politiques d’investissement.

GREEN INNOVATION : Comment Amundi intègre-t-elle les questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) dans ses processus d’analyse et ses décisions d’investissement ?

Thierry BOGATY : Chaque entreprise est analysée selon un ensemble de critères prenant en compte les dimensions environnementales, sociales et de gouvernance. Pour cela, Amundi a défini un référentiel en s’appuyant sur des textes à portée universelle comme le Pacte mondial des Nations unies, les principes directeurs de l’OCDE, les principes de l’Organisation internationale du travail (OIT) et bien d’autres encore. Ce référentiel est composé de 37 critères qui se répartissent entre 15 critères génériques communs à l’ensemble des entreprises quel que soit leur secteur d’activité, et 22 critères spécifiques, propres aux enjeux des différents secteurs. Ainsi sont notés 4 600 émetteurs sur une échelle allant de A à G : A étant la meilleure et G la moins bonne.

GREEN INNOVATION : Amundi s’est dotée d’un modèle d’évaluation des entreprises solidaires. En quoi consiste-t-il ?

Thierry BOGATY : Amundi a développé, en interne, un modèle d’évaluation des entreprises solidaires qui s’appuie sur une triple analyse : l’analyse financière pour s’assurer de la solidité financière de l’entreprise et de sa pérennité, d’une part ; l’analyse extrafinancière pour évaluer les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance qui permet aux analystes extrafinanciers d’Amundi de se prononcer sur la prise en compte des critères ESG, d’autre part ; et enfin, l’analyse solidaire pour mesurer l’impact social. Dans ce dernier cas, notre équipe de gestion a défini une quinzaine de critères : cause défendue, historique et expérience, zone géographique d’intervention, résultats obtenus dans les domaines de la création d’emplois, de la réinsertion… ; qualité, disponibilité et fréquence des rapports d’impacts sociaux et sociétaux.

Au terme de ces analyses, une notation solidaire est attribuée, toujours sur une échelle allant de A à G. Seules les entreprises obtenant une note comprise entre A et D sont retenues comme représentant l’univers d’investissement solidaire possible.

GREEN INNOVATION : Amundi a été signataire dès 2006 des Principes pour l’investissement responsable (PRI) élaborés sous l’égide des Nations unies. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent ces principes et ce qu’ils impliquent pour Amundi ?

Thierry BOGATY : Ces Principes prônent la prise en compte des questions ESG dans les processus d’analyse et les décisions d’investissement des signataires. L’intégration des critères ESG dans la gestion traditionnelle correspond à la vision d’Amundi sur son rôle d’investisseur : acteur central et fiduciairement responsable, tenu de prendre en compte tout élément matériel pour sa gestion, y compris les questions ESG.

L’intégration des critères ESG dans la gestion traditionnelle d’Amundi est rendue possible par la diffusion, à toutes les gestions, des notations extrafinancières de 4 600 émetteurs. Ces notations sont intégrées dans les outils de gestion classique. Tous les gérants du groupe ont ainsi à leur disposition, pour une libre utilisation, non seulement les notes financières des entreprises, mais aussi leur évaluation extrafinancière.

Par ailleurs, Amundi mène une politique de vote active en assemblée générale (AG). Dès 1996, Amundi a mis en place sa propre politique de vote, mise à jour annuellement. Elle intègre les meilleures pratiques de gouvernement d’entreprise et également, depuis 2003, de responsabilité sociale et environnementale. Une description globale de la campagne de vote et des sujets d’opposition est réalisée dans le rapport d’exercice des droits de vote et de dialogue actionnarial disponible sur son site Internet (3).

Cette politique de vote en AG est complétée par une politique d’engagement : un processus de dialogue actionnarial autour d’un système formalisé. Il est conduit par deux entités d’Amundi : l’équipe de corporate governance et les analystes extrafinanciers.

L’équipe de corporate governance engage avant les assemblées générales un dialogue avec les entreprises représentant un poids important dans les portefeuilles, afin notamment d’améliorer la prise en compte des enjeux ESG dans leurs pratiques.

Les analystes extrafinanciers rencontrent tout au long de l’année les émetteurs les plus significatifs et dialoguent avec les parties prenantes (ONG, organisations syndicales nationales et internationales, etc.) afin de fiabiliser les données. En 2012, ces analystes ont rencontré environ 150 entreprises.

Enfin, la signature des PRI implique des devoirs. Chaque année, une enquête globale est menée sur la base d’un questionnaire adressé aux signataires pour mesurer ainsi les progrès accomplis. Chacun d’entre eux reçoit ensuite ses scores individuels comparés par rapport à tous les signataires et à ses pairs.

GREEN INNOVATION : Amundi et l’Agence française de développement (AFD) ont créé le fonds commun de placement Amundi AFD Avenirs durables. Pouvez-vous nous détailler la spécificité de ce fonds ?

Thierry BOGATY : Amundi AFD Avenirs durables est un fonds commun de placement né de la rencontre avec l’AFD, établissement public agissant en faveur de l’aide au développement. Ce partenariat s’inscrit dans le cadre d’un engagement fort pour proposer aux investisseurs une solution d’épargne innovante, permettant de concilier placement financier prudent et responsable, et aide au développement. Il crée une passerelle entre l’épargne des pays développés et les besoins de financement des pays en développement.

Le portefeuille investit environ 20 % en obligations émises par l’AFD et jusqu’à 10 % de prise de participation dans sa filiale Proparco qui finance des projets créateurs de valeur économique et sociale dans les pays en développement, dans trois grands domaines : la lutte contre la pauvreté, le soutien à la croissance économique et la protection de la planète et de l’environnement.

En voici quelques exemples sur des thématiques d’impact social variées : l’éducation (soutenir l’éducation de base et l’alphabétisation des adultes au Burkina Faso), la santé (mise en place d’un système d’assurance pour femmes enceintes en Mauritanie), la lutte contre le réchauffement climatique (réduction de gaz à effet de serre émis par les décharges en Afrique du Sud).

GREEN INNOVATION : Amundi a également développé une gestion dite « engagée » autour de fonds solidaires et de partage, de fonds d’aide au développement, etc. Pouvez-nous nous préciser en quoi consistent ces fonds à forte utilité sociale ?

Thierry BOGATY : La finance solidaire permet de financer l’économie réelle locale par le biais d’entreprises ou d’associations non cotées de proximité. Les fonds solidaires allient performance financière et performance sociale. Ils sont investis à hauteur de 5 % à 10 % dans des titres non cotés d’entreprises solidaires. Ces investissements peuvent prendre la forme de billets à ordre, de bons de caisse et de participations au capital. La gestion sélectionne les entreprises solidaires selon une grille d’analyse considérant entre autres leur expertise, leur approche solidaire ainsi que leur « assise » financière. Cette part a ainsi vocation à financer l’économie française, locale ou régionale, sur plusieurs thèmes : emploi, logement, santé, environnement, et dans une moindre mesure la solidarité internationale. Les 90 % restants sont investis dans des sociétés cotées selon les principes ISR (investissements socialement responsables) d’Amundi. C’est pour cette raison qu’on les appelle aussi « fonds 90/10 ».

Ces fonds solidaires sont également de partage quand le souscripteur reverse sous forme de dons 25 % minimum à une association, ouvrant droit à une réduction fiscale. Le restant est capitalisé. 

Quant aux fonds d’entrepreneuriat social (aussi appelé « social business »), ils visent à créer des entreprises innovantes et pérennes parvenant à s’autofinancer. L’objectif est de donner aux plus pauvres accès à des biens et services essentiels : nutrition, eau potable, énergie, santé, éducation.

Illustration : © Shutterstock

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