L’état du tourisme durable en 2013

Green Innovation
Par Green Innovation août 22, 2013 13:07

L’état du tourisme durable en 2013

En bref...

  • Nathalie LECOINS est doctorante en géographie du tourisme.

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La notion de « tourisme durable » est apparue pour la première fois en 1993 dans un guide publié par l’Organisation mondiale de tourisme (OMT) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Rédigé à l’intention des autorités locales, il détaillait les principaux points à mettre en œuvre afin de mieux gérer l’incidence environnementale des activités touristiques. Dans la mesure où l’environnement constitue la ressource naturelle et culturelle de base qui sert de support au tourisme, sa protection y était présentée comme essentielle pour le succès à long terme de toute activité touristique. En 1995, ce document a été prolongé par la rédaction d’une Charte du tourisme durable dans laquelle l’OMT, l’UNESCO, le PNUE et la Commission européenne donnaient la première définition du tourisme durable.

Depuis, on assiste à la multiplication des organismes nationaux et internationaux oeuvrant à la sensibilisation des voyageurs aux impacts écologiques de leurs activités touristiques. Mais le tourisme durable ne s’intéresse pas seulement à ces derniers, il essaie également d’associer les populations qui vivent, travaillent et voyagent dans les espaces touristiques. De même, la maîtrise des flux de personnes, de biens et d’énergie s’inscrit dans cette dynamique liant tourisme et développement durable. Depuis 2004 et la mise à jour de la définition du tourisme durable par l’OMT, les principes du développement durable sont appliqués à toutes les formes de tourisme, pour toutes les destinations. De nouveaux concepts comme l’écotourisme, le tourisme solidaire, le tourisme équitable ou encore l’écovolontariat prennent alors leur essor.

Le tourisme responsable dans le monde

Selon les dernières données de l’OMT, la croissance du tourisme mondiale devrait se confirmer en 2013. Les premières destinations traditionnelles (France, Espagne, Italie) restent toujours en tête du classement mondial, alors même que les économies émergentes attirent de plus en plus de monde.

En 2012, le nombre de touristes internationaux a dépassé le milliard dans le monde. La croissance a été plus importante dans les pays émergents (4,3 %) que dans les économies avancées (3,7 %). L’Europe occidentale reste la région la plus visitée au monde avec 3 % de touristes en plus, mais ce sont l’Asie-Pacifique et l’Afrique du Nord qui obtiennent les meilleurs résultats annuels, suivis par l’Europe centrale et orientale. Figurent ainsi parmi les dix premières destinations touristiques mondiales la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. D’autres, plus exotiques, ont également la cote, comme le Japon, l’Inde, la République de Corée ou encore la Thaïlande.

C’est sans doute la popularité grandissante de l’Asie comme destination touristique qui a poussé l’OMT à ouvrir trois observatoires pour le développement durable en Chine, afin d’aider les décideurs locaux à veiller sur le développement du tourisme responsable dans le pays, un enjeu crucial étant donné le fort développement du tourisme domestique en Chine. De son côté, le gouvernement chinois essaie de contrôler cette activité croissante : une nouvelle loi qui entrera en vigueur début octobre 2013 vise ainsi à encourager le tourisme durable et protéger les droits des voyageurs.

L’Europe, pour sa part, continue à maintenir une politique de coordination afin de promouvoir cette destination, et planifie pour les années à venir le développement de démarches qui contribueront au renforcement de la demande, à la diversification de l’offre et à la transversalité des actions touristiques. Les données de l’OMT sur le tourisme international en Europe montrent qu’en 2012, la Pologne et la Suède rejoignent le groupe des pays européens les plus visités.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des touristes internationaux est originaire des pays développés et les trois quarts des recettes du tourisme s’échangent entre ces mêmes pays. L’Europe, les États-Unis, la Chine et la Russie sont les plus importants marchés émetteurs traditionnels.

Le potentiel économique du tourisme est par ailleurs de moins en moins négligé dans les pays en voie de développement qui se rendent compte que la contribution du tourisme à l’économie locale constitue un enjeu stratégique. Selon les prévisions de l’OMT, entre 2000 et 2020, le tourisme devrait croître d’environ 10 % dans le monde et l’Europe pourrait connaître un doublement des arrivées internationales (717 millions par an contre 393 millions en 2000). Parallèlement, les préférences des touristes se déplaceraient de l’Europe vers l’Asie pour placer la Chine en tête des destinations touristiques en 2020.

 

Le tourisme responsable en France

La France est la première destination touristique mondiale. Un patrimoine historique riche, la diversité des paysages et le climat doux et tempéré attirent de plus en plus de touristes depuis la Seconde Guerre mondiale. Les infrastructures d’accueil et les transports s’y développent et génèrent des impacts économiques très positifs. Les dépenses des visiteurs atteignent aujourd’hui environ 40 milliards d’euros par an, et sont à l’origine de près de 900 000 emplois directs en France. Selon les données du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Environnement, l’activité touristique en France représente 6,5 % du PIB (en 2012), mais génère également quelque 4,8 millions de tonnes de déchets annuellement et 6 % des émissions de gaz à effet de serre, principalement imputables aux déplacements.

Quelles sont les destinations préférées des Français dans le monde ? L’Espagne, l’Italie, la Tunisie, le Maroc, le Royaume-Uni et la Grèce. Mais les Français aiment aussi voyager à l’intérieur de l’Hexagone. Ils représentent en effet 60 % des recettes touristiques du pays, avec une forte concentration dans le Sud (et notamment sur la Côte d’Azur) ainsi qu’à Paris. Cependant, les prix élevés et une grande concurrence des plages nord-africaines provoquent une baisse de fréquentation de ces régions. Depuis quelques années, la multiplication des vols à bas prix modifie en profondeur les habitudes des touristes français qui partent plus souvent, mais moins longtemps.

Quelles sont les conséquences sur l’environnement ? Si les tendances se poursuivent, les émissions de CO2 dues au tourisme hexagonal devraient doubler, puis tripler vers 2050. Pour ralentir ce phénomène, l’État français et ses partenaires se mobilisent depuis une dizaine d’années pour contribuer au développement de la mobilité douce et multiplient les véloroutes et les voies vertes dans le cadre de la démarche « France Vélo Tourisme ». L’Association française de véloroutes et voies vertes (af3v) répertorie ainsi les pistes cyclables de l’Hexagone sur sa carte interactive virtuelle consultable en ligne. Sur ce marché en très forte croissance, la France constitue en effet la seconde destination européenne de tourisme à vélo derrière l’Allemagne. Les deux pays sont de plus en plus concurrencés par les nations sud-européennes comme l’Espagne et l’Italie.

Pour mieux préserver la faune et la flore, et accroître la prise de conscience du nécessaire respect de l’environnement, l’État applique la Charte européenne du tourisme durable aux parcs nationaux, réserves naturelles et sites classés. Cette charte, élaborée par la Fédération des parcs régionaux de France, concerne à la fois les espaces protégés, les entreprises touristiques et les organisateurs de voyages. Afin de promouvoir les sites respectant les principes du tourisme durable, le ministère de l’Écologie leur attribue des labels. Pour les sites touristiques, le label « Grand Site de France » est ainsi accordé pour une durée de six ans. D’autres labels sont également décernés pour l’hébergement : « Écolabel européen », « Hôtels au naturel », « Gîtes Panda », « Clé verte » pour les campings… Le label ATR (« Agir pour un tourisme responsable ») délivré par l’Association française de normalisation (AFNOR) regroupe d’autre part plusieurs opérateurs de tourisme français. L’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie essaie pour sa part, avec l’aide de son réseau de conseillers en tourisme et environnement, de promouvoir le label « Tourisme et handicap » développé par l’État auprès des professionnels du secteur. La marque « Qualité Tourisme » créée par les autorités françaises a quant à elle vocation à soutenir les professionnels du tourisme afin qu’ils améliorent la qualité de leurs prestations en intégrant les questions liées au développement durable et à la valorisation touristique des territoires.

Selon l’Association française d’écotourisme, de plus en plus de prestataires touristiques s’engagent pour faire connaître le concept d’écotourisme à leurs clients. L’association elle-même met en relation les voyageurs et les hébergeurs et voyagistes responsables à travers le monde, en partenariat avec le site Voyages pour la planète qui, à l’heure actuelle, représente le seul organisme français engagé dans la mise en place des critères mondiaux pour le tourisme durable.

Depuis quelques années, la SNCF organise pour sa part les « Trophées du tourisme responsable » pour soutenir et récompenser ceux qui se mobilisent pour un tourisme respectueux de la nature et des hommes. En 2012, deux nouvelles nominations se sont ajoutées aux Trophées : « Restauration responsable » et « Animations et activités solidaires ».

Au final, le touriste français est de plus en plus sensibilisé au développement durable et ses attentes en matière de tourisme éthique se renforcent. Aujourd’hui, 60 % des Français connaissent le tourisme responsable et 83 % sont prêts à choisir en priorité une agence de voyages adoptant une démarche responsable (sondage TNS Sofres de 2009). De plus, 88 % des voyageurs français se disent disposés à agir en faveur de l’environnement et 56 % consentiraient à payer plus cher pour une destination écologique (enquête GMV 2010).

Cependant, malgré une forte campagne de communication et une panoplie de mesures en provenance des pouvoirs publics, le tourisme responsable ne représente aujourd’hui que 5 % du marché français. Pour certains acteurs du tourisme, cette situation est due aux stéréotypes et aux idées reçues, notamment concernant les coûts élevés du tourisme responsable. Si le tourisme durable a toujours été plus cher que le tourisme « classique », avec la crise économique et la réduction du pouvoir d’achat les opérateurs de ce secteur ont désormais de plus en plus souvent besoin d’affirmer que leur activité est capable de s’adapter à tous les budgets. Malgré les difficultés, la Bretagne, l’Auvergne et l’Île-de-France donnent l’exemple aux autres régions de l’Hexagone et figurent parmi les places fortes du tourisme durable en France.

Illustration : village de Manarola sur la côte des Cinque Terre en Italie (© Shutterstock)

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